Rechercher dans ce blog

15 avril 2023

le lin et le chanvre - des cordages et des voiles du champ aux navires

Du chanvre pour les cordages et les voiles

L'arrière-pays de Saint-Malo (dont Tinténiac) a fourni aux pêcheurs, aux armateurs, aux corsaires les cordages et les voiles nécessaires aux activités maritimes outre-mer : la pêche, le commerce, la guerre vers Terre-Neuve, l'Amérique, l'Afrique, l'océan Indien. Ces cultures ont fait la richesse du pays.



Lin photo JM Bergougniou

Le chanvre est utilisé pour la fabrication de textiles par les tisserands et de cordes par les cordiers. C’est une plante riche en fibres, la récolte se fait par arrachage. Les plantes sont ensuite liées en petites bottes et destinées, après un petit temps de séchage, au rouissage.



Le rouissage consiste à faire macérer le chanvre dans l’eau pendant plusieurs jours. Cette opération était réalisée dans les nombreux cours d’eau  Cette opération polluait l’eau, c’est pourquoi elle est réalisée dans l’eau courante. 



Broye ou braie photo JM Bergougniou

Le broyage se faisait à l’aide d’une broie (broye en langue ancienne ou encore brée ou braye en langue poitevine). C’est une sorte de grande mâchoire en bois, parfois en métal qui se referme sur les tiges. En passant les plantes dans la broie, toutes les parties non fibreuses sont broyées.



Egrugeoir pour séparer le grain de la fibre
 photo JM Bergougniou

Le teillage permet d’éliminer toutes les parties broyées au cours de l’étape précédente. Le teillage est réalisé avec de gros peignes (dits aussi « pointes à chanvre ») posés à plat dans lesquels on passe les fibres pour les débarrasser des dernières impuretés. On ne conserve alors que la fibre sous forme de filasse. Cette opération nécessite un véritable tour de main pour extraire la fillasse des pointes métalliques de l’outil.



Peigne -  photo JM Bergougniou

L’affinage de la fibre se fait au moyen de cardes. Les fibres sont peignées et démêlées afin de les rendre bien parallèles pour le filage.

Pour cette opération, on utilisait des cardes à main. Avec l'essor de la mécanisation au XIXe siècle, les cardeuses mécaniques (à balancier) puis les cardeuses à tambour ont remplacé l'outillage manuel. 


Filasse -  photo JM Bergougniou

L’étape préalable à la fabrication de la corde est le filage à partir de la filasse. On réunit les fibres de chanvre pour constituer le fil. Cette opération se fait par torsion des filaments de chanvre de façon à ce qu’ils restent solidaires.


Écheveaux fils de caret  photo JM Bergougniou

Le fil de caret est le premier élément pour former les cordes. 

On distingue le filage à la ceinture du filage à la quenouille.


Dévidoir - photo JM Bergougniou

Avant de commencer la fabrication de la corde, on déroule les fils stockés sur les dévidoirs pour les étendre sur toute la longueur de l’atelier.

Pour cette raison, l’atelier du cordier est tout en longueur.

Les fils doivent être de même longueur, même grosseur et même tension. 


commettre un cordage  photo JM Bergougniou

Cette opération est appelée l’ourdissage. Pour soutenir les fils lors de cette opération et les séparer, on utilise des chevalets, sortes de grands râteaux en bois.


poulies - photo JM Bergougniou

L’opération dite « commettage » permet de réunir les fils par torsion pour la fabrication des cordes. À une extrémité de la corderie se trouve le chantier (partie fixe avec le rouet et les mollettes), à l’autre se trouve le carré, partie mobile avec le chariot.


Rouet - photo JM Bergougniou


Le cordier photo JM Bergougniou

Le rouet est une grande roue qui permet d’effectuer la torsion des quatre brins de la corde de façon simultanée. Grâce à un système de poulies, le rouet actionne les quatre molettes (ou plus suivant le type de corde produite) sur lesquelles sont accrochés les brins. À l’autre bout les fils sont réunis et accrochés à un émerillon fixé à un chariot muni d’une manivelle qui tourne dans le sens contraire du rouet. Cela permet d’accélérer la vitesse de torsion de la corde.


Fuseaux - photo JM Bergougniou


Mais afin de maintenir une bonne tension de celle-ci et d’éviter qu’elle se replie, on leste le chariot avec des pierres pour ralentir sa progression. Le raccourcissement de la corde en cours de fabrication est environ d’un tiers.

Pour assurer la régularité de la torsion, on place tout près de l’émerillon un couchoir dans les rainures duquel viennent s’inscrire les torons. 


Industrialisation - photo JM Bergougniou

Au fur et à mesure que la corde se forme, le couchoir remonte vers le rouet. Le couchoir est également appelé, selon les régions, le cochoir, le toupin (sud de la France) ou encore cabre, masson, sabot et gabien 

Pour les petits cordages, on tord directement les fils de caret ensemble.


Lin et chanvre - photo JM Bergougniou

Pour les cordages plus gros, on réunit plusieurs fils qui forment des faisceaux, chaque faisceau sera tordu à part pour former un toron. Les torons serviront ensuite à la fabrication de gros cordages : cordes à trois, quatre ou six torons.


De fil en aiguille - photo JM Bergougniou

Pour les gros cordages, un filament central forme l’âme de la corde.

14 avril 2023

Le tonnelier

 Le tonnelier


photo (c) JM Bergougniou
Loin des vignobles le tonnelier est omniprésent en Bretagne. Pour transporter les liquides l'eau, le lait, la crème dans des seaux, des baquets, des cuveaux, des barattes pour faire le beurre, mais dans la Marine pour contenir l'eau bue par les marins lors des lointaines campagnes, pour ramener rhum, mélasse, sucre. Les vivres seront elles aussi rangées dans des tonneaux, viandes salées, lard, beurre, poissons, farine, blé mais aussi la poudre à canons qui sera conservée dans la sainte-barbe. Partout lesavoir faire du tonnelier



« Comment a-t-on pu imaginer de faire tenir un liquide dans un montage de morceaux de bois fort difficile à assembler ? Mais la barrique est bien une invention de poètes, l'imagination d'un peuple de rêveurs, insoucieux du temps et de la vie pratique, nos ancêtres les Celtes. »


En 2018 au forum, le musée de l'outil avait présenté les fers à repasser. En 2019 dans la continuité de l'exposition temporaire au syndicat d'initiative, le musée a présenté les outils du tonnelier.


photo (c) JM Bergougniou


Le tonneau est connu en Europe depuis plus de 2 000 ans, inventé par les Gaulois. Il servit d'abord à stocker des produits solides comme les grains, les salaisons ou même les clous, mais également des liquides par la suite (vin, bière, cidre, eau) ; l'étanchéité du récipient s'étant améliorée avec le savoir-faire.

Les fabrications des tonneliers étaient nombreuses : baquets, bailles, baignoires, barattes, barils, barillets, cuveaux, seaux, seillons, hottes, machines à laver, sorbetières... et bien sûr tonneaux. 


Outils du tonnelier photo (c) JM Bergougniou
Le tonnelier de village était pratiquement le seul à fabriquer des tonneaux ou à réparer les vieux fûts des vignerons. 


outils du tonnelier
photo (c) JM Bergougniou

Il était payé à la pièce. Un des derniers à avoir fabriqué des tonneaux à Tinténiac fut un des frères Réhault.


rabot pour les fonds
photo (c) JM Bergougniou

Le tonnelier utilise le plus fréquemment du chêne pour la fabrication d'un tonneau. Le bois est d'abord préparé par un merrandier en douelles, qui seront assemblées, chauffées et resserrées à l'aide de cercles en fer. Sont ensuite insérées les pièces de fond, puis le trou de bonde et de broquereau percés. Les principales étapes de la fabrication d'un tonneau sont ainsi le dressage, le trempage, le cintrage, le cerclage, le rognage-rainurage, la pose de la bonde.




photo (c) JM Bergougniou

Les outils sont variés et les noms peuvent varier selon les régions. On va ainsi retrouvé des herminettes, des asses, des gouges, des planes, des doloires, des curettes, des jabloirs, des départoirs, des mailloches, des coutres, des ballaires, et bien d'autres encore.






photo (c) JM Bergougniou
La douelle avec un rectangle, épais au centre, s'amincissant progressivement jusqu'aux extrémités. Pour joindre ces douelles ensemble, il va falloir travailler les côtés. Le seul moyen pour qu'elles se joignent est d'une part, d'en réduire progressivement la largeur aux extrémités, en débutant au centre, comme on l'a fait pour l'épaisseur, d'autre part, de les tailler en biseau. 



photo (c) JM Bergougniou
Le biseau, appelé le clain, va permettre aux douelles de rester en contact à l'intérieur, alors qu'à l'extérieur va persister un espace, la serre, qui disparaîtra au moment du cerclage.

La réduction de la largeur se fait sur le charpi avec la doloire. Le tonnelier peut également utiliser le banc d'âne ou "selle à tailler". Il s'agit d'un étau sur lequel l'artisan s'assied, place la douelle sous l'étau qu'il maintient fermé en appuyant de ses pieds sur une traverse située sous le banc. Toujours en partant du milieu de la douve, il en réduit la largeur avec une plane.

photo (c) JM Bergougniou
Pour affiner son travail, le tonnelier utilise, ensuite, la colombe. C'est une immense varlope reposant sur 3 ou 4 pieds, fer au-dessus. Mais, contrairement à l'utilisation habituelle d'un rabot, il déplace la douelle, en l'appuyant plus ou moins fort, sur le fer. Avec cet outil, il va pouvoir parfaire la largeur de la douelle et créer le clain. Pour que celui-ci soit constant d'une douelle à l'autre, il peut utiliser un gabarit, encore appelé calibre ou crochet. Ce gabarit permet, également, de vérifier la courbure donnée avec la plane dans la largeur de la douelle.


photo (c) JM Bergougniou

une petite goutte?  Clés pour fermer
les Champleures
photo (c) JM Bergougniou
Après avoir réalisé les douelles, le tonnelier s'occupe du traversin avec lequel il va réaliser les fonds. Sur le charpi, il travaille la surface extérieure avec la doloire, laissant la surface intérieure en l'état. Il vient, ensuite, sur la colombe pour dresser les côtés dans l'épaisseur. Ici, bien sûr, il n'est pas besoin de biseau. Bien au contraire, le côté doit être parfaitement droit pour "coller" à la planche voisine.

Henri en phase de tests
photo (c) JM Bergougniou

L'assemblage des douelles est réalisé en utilisant un cercle de jable et un cercle de bouge. Le tonnelier place les douelles côte à côte à l'intérieur du cercle de jable. Si la première et la dernière se chevauchent, il en prend une plus étroite ou rétrécit la dernière sur la colombe. Inversement, s'il y a un espace entre ces deux douelles, il en prend une plus grande. Il obtient, ainsi, un tronc de cône. Il vérifie que toutes les douelles sont parfaitement jointives. Si nécessaire, il remet sur le banc d'âne et la colombe les douelles à retoucher. Il retourne, ensuite, toutes les douelles et les contrôle, les ajustent de la même manière. Pour les assujettir au mieux entre elles, il les frappe au marteau, dessus et à l'intérieur. Puis, il place le cercle de bouge supérieur qui va consolider l'ensemble. Avec quelques nouveaux coups de marteau, il les fait "ferrer".


A découvrir au Musée de l'Outil et des Métiers - 5 quai de la Donac- 35190 - Tinténiac 

Sources :

https://www.arcoma.fr/fr/outils-d-antan/